« Notre mission est aussi de parler à celles et ceux que le marché invisibilise : les personnes handicapées, les minorités sociales, culturelles ou sexuelles. »

« Notre mission est aussi de parler à celles et ceux que le marché invisibilise : les personnes handicapées, les minorités sociales, culturelles ou sexuelles. »

Par Chloé Consigny

Après la publication du rapport de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, nous avons discuté avec Béatrice Le Fouest, directrice de la diversité chez France Télévisions, et Christophe Gascard, rédacteur en chef de Franceinfo TV.

Christophe, vous avez été entendu par la commission d’enquête parlementaire en qualité de président de la Société des journalistes de Franceinfo TV. Que retenez‑vous de cette audition, ainsi que du rapport ?

Christophe Gascard : J’ai eu à cœur de répondre le plus justement possible, mais j’ai eu le sentiment que les questions étaient orientées. Cet épisode a renforcé ma détermination à défendre les valeurs de France.tv. Plus largement, ce rapport nous a rappelé la fragilité de la diversité que nous défendons. 
Partout dans le monde, lorsque des gouvernements autoritaires ou populistes arrivent au pouvoir, ils commencent par s’attaquer aux médias publics. Cela a été le cas en Hongrie, en Pologne, en Italie ou encore aux États-Unis. Chaque fois, c’est le même mécanisme qui est à l’œuvre : ­décrédibiliser pour affaiblir le service public et ­réduire le contre-pouvoir démocratique. France.tv est un espace rare de représentation de la diversité. Ce rapport nous rappelle que nous ne sommes pas à l’abri.


Comment cette commission a‑t‑elle été accueillie en interne ?

Béatrice Le Fouest : Cette séquence a été douloureusement vécue par les salariés, mais elle a aussi resserré les liens. Nous avons fait corps autour de notre mission de service public : proposer une information plurielle et des programmes qui parlent à tous. Dans cette tempête, l’engagement de notre présidente en faveur de la diversité n’a montré aucun repli.

Le rapport pointe une difficulté à définir la notion de diversité. Quelle définition en donnez‑vous ?

Christophe Gascard : Le slogan de Franceinfo y répond bien : “L’info n’est pas une opinion”. Sur le service public, nous n’avons pas une opinion, mais des opinions. La diversité se trouve dans le choix de nos invités, de nos journalistes, de nos parcours. Nous avons pour mission d’être une agora où il est possible de ne pas être d’accord.

Béatrice Le Fouest : La diversité est inscrite dans notre raison d’être. Si nos équipes ne reflètent pas la société française, alors il y a peu de chance que nos programmes portent cette diversité. Ce n’est pas accessoire ; c’est au cœur de notre mission.

Comment s’articule ce lien entre diversité en interne et diversité en externe ?

Béatrice Le Fouest : Nous travaillons autour de cinq grands axes : l’égalité femmes-hommes, le handicap, l’orientation sexuelle et l’identité de genre, la diversité ethnosocioculturelle et le lien générationnel. Nous voulons désormais adopter une approche plus intersectionnelle pour mieux refléter des identités multiples. Nous travaillons main dans la main avec les antennes : ce qui se vit en interne se voit à l’écran, et inversement. Je suis d’ailleurs présente dans une campagne interne pour banaliser les questions liées à l’orientation sexuelle. Pour moi, être soi au travail est un prérequis au bien-être et à la performance. Nous avons aussi formé nos rédactions et nos équipes de programmes aux questions LGBT, notamment avec têtu·connect.

Christophe Gascard : La visibilité change la culture d’entreprise. Quand un dirigeant ou une personnalité reconnue assume publiquement son orientation sexuelle ou son identité de genre, cela envoie un signal fort : ici, chacun a sa place. Je ­rappelle souvent qu’on n’“avoue” pas son homosexualité ; on avoue un meurtre.

Les audiences sont-elles un indicateur 
suffisant pour savoir si vos programmes reflètent bien la société ?

Christophe Gascard : Les audiences comptent, mais elles ne doivent pas être l’alpha et l’oméga du service public. Notre mission est aussi de parler à celles et ceux que le marché invisibilise : les personnes handicapées, les minorités sociales, culturelles ou sexuelles. Les Rencontres du Papotin illustrent bien cette mission. Je ne suis pas certain qu’une chaîne privée aurait fait ce choix. Il en va de même pour Drag Race. Il a fallu dix ans pour que l’émission arrive en France, et c’est France.tv qui a eu l’audace de la programmer. Aujourd’hui, elle a toute sa place sur le service public. Le message est essentiel : dire à une population longtemps marginalisée qu’elle fait pleinement partie du récit national.