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Parlons toilettes

Parlons toilettes

De plus en plus d’entreprises françaises mènent des politiques en faveur de l’inclusion des personnes LGBTQI+. Elles mettent en lumière des rôles modèles, sensibilisent et sanctionnent les comportements discriminants. Mais leurs locaux peinent à s’adapter à toutes les identités de genre et les toilettes neutres ne se démocratisent pas encore. Pourquoi cette évolution peut-elle jouer en faveur de l’intégration des personnes non binaires et trans ?

Par Léa Taïeb

Comment peut-on définir les toilettes neutres ? 

Les toilettes neutres aussi appelées toilettes non genrées s’adressent à toutes les identités de genre. En général, les entreprises qui proposent à leurs salarié.e.s non binaires ces équipements sont déjà bien engagées sur le terrain de l’inclusion des personnes LGBTQI+. “Même si la plupart des personnes trans se revendiquent binaires, elles peuvent avoir besoin de toilettes neutres, le temps de leur transition de genre”, explique Anne-Gaëlle, consultante à l’Autre Cercle. Et d’ajouter : “L’idéal pour une femme trans, c’est d’être acceptée par les autres femmes, c’est qu’elle puisse bénéficier des toilettes pour femmes sans être discriminée, idem pour les hommes trans dans les toilettes hommes”. 

Peut-on installer des toilettes neutres dans les locaux des entreprises ? 

D’après le Code du Travail, les entreprises se doivent de mettre à disposition des toilettes à destination des femmes (si leur nombre est supérieur ou égal à dix) et des toilettes à destination des hommes (si leur nombre est supérieur ou égal à dix). “La loi impose donc des toilettes genrées”, résume l’avocate en droit du travail, Elise Fabing. Autrement dit, si une entreprise souhaite installer des toilettes neutres, elle peut le faire, si elle garde des sanitaires femmes et des sanitaires hommes.  

Comment expliquer que les toilettes neutres ne se démocratisent pas tellement en France ? 

Déjà, les entreprises françaises ne peuvent pas remplacer leurs toilettes genrées par des toilettes neutres. Elles sont contraintes par la loi et leurs obligations en tant qu’employeur. En plus de cela, elles doivent se débrouiller par elles-mêmes et ne peuvent pas se reposer sur une charte. “En France, on ne sait pas quelle est la marche à suivre, ni quelle signalétique reprendre”, observe Françoise Bouyer, consultante et spécialiste du genre dans les cultures des groupes du CAC 40. Comment faire changer les choses ? “On pourrait éventuellement modifier le Code du Travail ou bien obliger les établissements d’une certaine taille à s’équiper de toilettes non genrées”, suggère-t-elle. 

Aux États-Unis, le sujet est médiatisé depuis quelques années déjà. Ce qui peut expliquer pourquoi de plus en plus d’entreprises américaines inclusives s’adaptent à leurs salarié.e.s trans et non binaires. “En France, les entreprises devront engager des dépenses pour les espaces d’intimité. Mais, beaucoup attendront d’y être obligées pour le faire”, assure Anne-Gaëlle. 

Pourquoi la présence de toilettes neutres peut avoir un impact sur l’inclusion des personnes non binaires et trans ? 

“En tant que femme non binaire, je ne me vois pas du tout aller dans les toilettes des hommes. Mais quand j’arrive dans les toilettes des femmes, je veille à me faire toute petite, pour que les femmes ne se sentent pas gênées”, témoigne Françoise Bouyer. Même si elle n’a jamais vécu de situations “dérangeantes” dans les toilettes des femmes, elle insiste sur la nécessité pour les personnes non binaires et pour les personnes trans qui en ressentent le besoin de pouvoir compter sur un “safe space” au sein de l’entreprise. 

Une étude de l’Alliance de la Fonction publique du Canada a étudié à quel point le malaise physique, le harcèlement ou la peur d’être harcelé.e d’un.e employé.e trans ou non binaire atteignent le bien-être d’une personne et à terme sa productivité, ses performances au travail. 

Une organisation qui décide de mettre à disposition de certain.e.s de ses salariés des toilettes neutres rappelle son engagement. “Elle envoie un message clair d’accueil de tout le monde peu importe l’identité de genre”, traduit la consultante.

Quelles sont les entreprises qui mettent à disposition de leurs salari.é.e.s des toilettes neutres ?

Avant toute chose, ce sont des entreprises qui sont déjà actives, qui agissent pour l’inclusion de toutes les diversités dont les personnes LGBTQI+. Il s’agit en majorité de grandes structures, qui communiquent de manière externe sur les sujets d’orientations sexuelles et d’identités de genre, qui cherchent à attirer des jeunes talents. 

On peut donner l’exemple du BCG qui s’apprête à emménager dans de nouveaux locaux et qui a prévu des toilettes non genrées. “Ce qu’il se passe aux États-Unis en matière de diversité et d’inclusion arrive progressivement en France”, observe Thomas Delano, directeur associé au BCG et responsable du réseau LGBTQI+, Pride@BCG.

Avec le télétravail, de plus en plus d’entreprises se restructurent et aménagent leurs espaces pour qu’ils soient en phase avec les préoccupations de leurs équipes. Et de plus en plus optent pour des toilettes neutres en plus de toilettes genrées. 

Est-ce que les toilettes neutres pourront vraiment se démocratiser en entreprises ? 

“Par rapport aux questions d’orientation sexuelle, les sujets liés aux identités de genre nécessitent encore plus de maturité de la part des entreprises. C’est pour cela qu’un nombre limité d’entreprises voient les toilettes neutres comme un levier d’inclusion – mais fort heureusement, d’autres actions existent pour favoriser la diversité au bureau !”, analyse Thomas Delano. 

Même si on observe des efforts des entreprises les plus évoluées sur les questions d’inclusion et de diversité, elles ne sont pas suivies par les autres. La grande majorité peine déjà à lutter contre les discriminations LGBTphobes en leur sein. 

Mais, dans les entreprises qui rencontrent des difficultés dans leur recrutement, de plus en plus de mesures pro-diversité sont mises en place comme les toilettes neutres. “Ce qui compte vraiment c’est le fait que les personnes trans et non binaires soient respectées et puissent s’épanouir. Ce n’est pas forcément la présence de toilettes neutres qui fait la différence”, nuance Anne-Gaëlle. 

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