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"Je veux montrer que l'on peut parler de son orientation sexuelle, de sa transidentité ou encore de PMA dans l’informatique, un secteur encore très masculin"

Depuis 2020 l’Autre Cercle met à l’honneur une nouvelle catégorie de rôles modèles : les premiers emplois, c’est-à-dire les personnes tout juste arrivées sur le marché du travail. Anaïs Rousteau, 29 ans, développeuse-testeuse chez Accenture a été élue rôle modèle 2021. Comment en est-elle arrivée là ? Portrait de la co-créatrice de l’antenne nantaise du réseau LGBTQI+ de Accenture.

Par Léa Taïeb

Anaïs Rousteau est née dans une famille “avec un père, une mère et une soeur”. Bonne élève, elle poursuit sa scolarité tranquillement. Vers l’âge de 13-14 ans, elle commence à se poser des questions sur son orientation sexuelle comme : par qui suis-je attirée ? Par quel genre ? “À 15 ans, j’ai compris que j’étais bisexuelle”, déclare-t-elle en toute simplicité. Et d’ajouter : “au lycée, c’était facile de s’assumer comme telle. Je n’étais pas la seule personne LGBTQI+.” Dans ce contexte libéré, elle participe à des actions LGBTQI+ et milite à sa façon en contribuant au journal du lycée. 

La vie continue, elle obtient un baccalauréat littéraire spécialité mathématiques et s’inscrit en LEA à Nantes, sa ville de toujours. Pendant ces années estudiantines, elle s’épanouit et croise le chemin de personnes “bienveillantes”. En troisième année, elle se dirige vers une licence professionnelle dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration. Dans ce cadre, elle effectue un premier stage dans un hôtel cinq étoiles au Luxembourg. Le rythme est particulièrement soutenu, elle n’a ni l’envie, ni l’occasion de parler de son orientation sexuelle. À l’époque, elle est en couple avec un homme, “ma bisexualité était alors facile à cacher”, précise-t-elle. Pourquoi Anaïs préfère-t-elle éviter le sujet ? “Je ne me sentais pas tellement à l’aise avec mes collègues. J’avais peur que ma bisexualité devienne un sujet de commérages, qui entraîne des questions gênantes”, confie-t-elle.  

Vie pro et vie perso, deux choses à ne pas mélanger ?

Pour des raisons diverses et variées, elle décide de changer de cap et de travailler dans une association accompagnant les personnes en situation de handicap. Là encore, elle veille à ne pas mentionner ses relations passées, à changer le genre de ses partenaires pour ne pas “attirer l’attention”. “J’étais remplaçante, je rencontrais sans cesse de nouvelles équipes, de nouvelles personnes, je n’avais pas assez d’assurance pour faire mon coming-out”, se rappelle-t-elle. Et de poursuivre : “je séparais ma vie professionnelle de ma vie privée et je faisais en sorte que les deux ne se mélangent pas”. 

Faute de débouchés, elle se réoriente et suit une formation de développeuse informatique. Puis, elle cherche un stage dans une grosse entreprise pour gagner en expérience dans ce domaine. “Comme j’imaginais que ce stage pourrait se transformer en CDI, j’ai postulé dans des entreprises dont les valeurs se rapprochaient des miennes, qui mettaient en avant leurs actions en faveur de la diversité”, informe-t-elle. “Au fil de mes recherches, j’ai découvert que Accenture avait été l’un des premiers groupes à signer la Charte de l’Autre Cercle. J’ai aimé le côté précurseur”, explique-t-elle.  

Coming-out : un non-sujet chez Accenture 

Pendant son stage, elle s’entend parfaitement bien avec ses collègues et trouve sa place. “C’était génial d’aller travailler dans un tel environnement”, déclare-t-elle encore enthousiaste. Un jour, pendant une pause-café, la conversation porte sur les amours passés, Anaïs profite de l’occasion pour mentionner discrètement une ex-compagne. Le reste de l’équipe a à peine réagi et la conversation a repris comme si de rien n’était”, rapporte la jeune employée. Et de plaisanter : “c’était presque trop facile”.

Comme elle l’avait anticipé, son expérience chez Accenture se prolonge. Au fil des mois, elle se rapproche du réseau LGBTQI+ d’Accenture. “Mais j’avais l’impression que tout se passait à Paris”, commente-t-elle. Donc, avec plusieurs collègues nantaises, elles décident de créer une antenne locale du réseau LGBTQI+ de l’entreprise. “La direction comme le réseau étaient particulièrement enthousiastes d’autant que l’on participait à la féminisation de la communauté LGBTQI+ dans une entreprise informatique à majorité masculine”, précise-t-elle. En 2019, l’antenne nantaise se lance. Pendant le Pride Month et tout au long de l’année, elle organise des actions de sensibilisation pour déconstruire les stéréotypes. “On a notamment animé un afterwork qui posait la question : qu’est-ce qu’être LGBTQI+ au travail ? L’ambiance décontractée a largement facilité les échanges et l’adhésion des salarié.e.s”, se souvient-elle. 

Sensibiliser toujours plus d’allié.e.s

Avant l’épidémie, Anaïs et d’autres membres du réseau tenaient une sorte de permanence pour toutes les personnes qui avaient des questions à poser. “On a été surprises de voir autant de collègues débarquer, prêt.e.s à s’investir et à officialiser leur statut d’allié.e.s en portant un tour de cou aux couleurs du drapeau LGBTQI+”, décrit-elle. À Nantes, on compte 70% d’allié.e.s en plus par rapport aux années précédentes.

 En 2021 et après plusieurs années d’engagement assidu, Moïse Nzoungani, à la tête du réseau LGBTQI+ d’Accenture, l’encourage à se présenter comme rôle modèle. Même si, au début, elle doute de sa légitimité, elle saisit l’opportunité de faire entendre sa voix. “Je veux montrer que l’on peut parler de son orientation sexuelle, de sa transidentité ou encore de PMA dans l’informatique, un secteur encore très masculin”, conclut-elle. 

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