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« En travaillant dans l’enseignement supérieur, j’ai l’impression d’être une privilégiée »

« En travaillant dans l’enseignement supérieur, j’ai l’impression d’être une privilégiée »

A l’occasion du webinaire “être LGBTQI+ dans les métiers de l’éducation” du 14 avril, têtu·connect donne la parole aux diversités au sein des métiers de l’Enseignement. Isabelle Assassi, 60 ans, est professeure de marketing à l’école de commerce de Toulouse (Toulouse Business School). Elle a rejoint cet établissement dans les années 90. Trente années au cours desquelles elle a occupé différentes fonctions et missions. Peu importe son poste, Isabelle Assassi assume son homosexualité sans en faire un sujet de militantisme.

Par Léa Taïeb 

Quand on lui pose la question de son coming out, Isabelle Assassi concède ne pas vraiment s’en souvenir. C’était dans les années 90, elle avait la trentaine et était bisexuelle avant de s’identifier comme lesbienne. “Pour être honnête, je n’ai jamais fait de coming out parce que je n’ai jamais caché mon orientation sexuelle”, estime-t-elle. En 1993, elle rejoint le corps enseignant de l’école de commerce de Toulouse. Elle est alors célibataire. “Je n’avais pas grand-chose à dire, ni grand-chose à cacher”, confie-t-elle.

En 1997, elle rencontre Nathalie et mentionne sa relation à ses collègues les plus proches qui sont aussi ses ami·e·s. “J’en parlais comme n’importe quelle personne parle des premiers mois d’une histoire d’amour”, décrit Isabelle Assassi. Et d’ajouter : “je demandais parfois conseil à mes collègues sur quel comportement adopter”. 

 “Je parlais de Nathalie comme j’aurais pu parler de Jean-Pierre

Depuis que sa relation est officialisée, elle parle de son couple de façon tout à fait naturelle aussi bien à ses collègues qu’à la direction de l’école. “Je parlais de Nathalie comme j’aurais pu parler de Jean-Pierre”, s’amuse-t-elle. Comme tout le monde dans cet établissement, Isabelle raconte ses vacances avec sa partenaire, Nathalie participe aux soirées organisées avec ou par des collègues devenu·e·s des ami·e·s. Elle n’a jamais ressenti le besoin de se cacher, de tenir secrète son homosexualité. Comment l’explique-t-elle ? “J’évoluais dans un milieu très mixte, avec autant de femmes que d’hommes. En travaillant dans l’enseignement supérieur, j’avais le sentiment d’être privilégiée”, commente-t-elle. Et de s’interroger : “inconsciemment, j’ai peut-être fait le choix de rejoindre une entreprise ouverte sur les différentes orientations sexuelles, origines, nationalités, cultures.”

Isabelle Assassi avance une deuxième raison à son homosexualité assumée : “j’étais sûre de ma relation avec Nathalie. Je savais que c’était la femme de ma vie. J’avais envie de partager cet état d’esprit”. 

“Les choses glissaient”

La professeure de marketing n’a jamais remis en question sa façon de présenter les choses, “même si le fait que j’en parle avec autant d’aisance a peut-être pu choquer certain·e·s”. Au fil du temps, elle remarque que l’étonnement suscité par l’annonce de son homosexualité ne dure que quelques minutes. Pour elle, “les choses glissaient”. Elle n’a jamais eu vent de remarques à son sujet, n’a jamais été victime de discriminations et s’est toujours sentie à sa place. 

Et comment gère-t-elle son homosexualité avec ses étudiant·e·s ? “Même chose, je ne l’ai jamais cachée, je ne l’ai pas non plus clamée”, répond-elle. C’est sûrement la raison pour laquelle plusieurs étudiant·e·s se sont confié·e·s à elle au sujet de leur difficulté à bien vivre leur homosexualité auprès de leurs proches. “J’ai pu être une oreille pour certain·e·s jeunes : je comprenais ce qu’ils ou elles pouvaient traverser”, se souvient-elle. Même si elle ne se l’avoue pas complètement, elle a pu servir d’exemple : “le fait que je sois bien dans ma vie a pu aider certain·e·s étudiant·e·s à se libérer d’un poids, d’après ce que l’on a pu me confier”, rapporte-t-elle. 

“Parfois, je témoigne en tant qu’enseignante lesbienne”

En 2019, Isabelle Assassi est à l’initiative du “défi étudiant” qui se déroule sur une semaine et qui porte sur la thématique des discriminations LGBTQI+. “C’était l’occasion de comprendre ce que vivaient certain·e·s étudiant·e·s, de prendre conscience des discriminations, du sentiment d’exclusion, des souffrances qui ne remontent pas aux oreilles de la direction”, explique-t-elle. Cet événement entraîne la création de PRISM, une association étudiante qui lutte contre les discriminations sexistes et LGBTQIA+phobes et pour les droits des femmes et des minorités sexuelles et de genre. “Si l’association me sollicite pour partager mon témoignage d’enseignante lesbienne, je le ferai très volontiers !”, nous renseigne-t-elle. 

Depuis son arrivée dans les années 90, le contexte a complètement évolué et en bien. “Les questions de transidentité et de bisexualité n’étaient pas du tout abordées, elles étaient méconnues du grand public”, se rappelle-t-elle. Selon Isabelle Assassi, l’école de commerce de Toulouse s’est parfaitement adaptée et est exemplaire dans sa volonté de lutter contre toutes les formes de discriminations. “Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de problème”, relativise-t-elle. Sur le plan des représentations, “j’ai beaucoup plus de collègues qui assument leur homosexualité, qui se marient et qui y convient des collègues”, observe-t-elle simplement. 

Retrouvez le replay du webinar sur ce lien.

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