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Comment l’écosystème start-up s’ouvre aux diversités ? 

Comment l’écosystème start-up s’ouvre aux diversités ? 

Depuis près de deux ans, les acteurs du monde de l’entrepreneuriat commencent timidement à s’intéresser à l’inclusion et à la diversité. Comment inciter les start-up à évoluer dans leur mode de fonctionnement, dans leur processus de recrutement ? Comment accélérer le changement dans ce monde encore très homogène ?

Par Léa Taïeb

Concrètement, quel constat peut-on faire sur le monde de l’entrepreneuriat ? 

Ce milieu prend conscience que l’entre-soi n’est plus un mode de fonctionnement viable. “Depuis deux ans, le sujet de l’inclusion s’est imposé”, constate Flore Egnell, déléguée générale de Willa (anciennement Paris Pionnières, Willa est un incubateur qui booste l’entrepreneuriat au féminin) . Et d’ajouter : “comme pour le sujet de la parité ou du handicap, si l’on ne pose pas un cadre, si l’on ne vote pas des lois, la situation n’évoluera pas”. 

Estelle Delahaye, project manager impact chez France Digitale distingue trois types de start-up sur les sujets de responsabilité : celles dont la mission est de répondre à des enjeux sociaux et environnementaux, celles qui ont formalisé des politiques RSE pour notamment créer plus de diversités et celles qui commencent à s’intéresser à l’extra-financier parce qu’elles y sont obligées. Les start-up ne peuvent plus faire abstraction du contexte sociétal : le sens recherché par les nouvelles générations et la guerre des talents. Elles ne peuvent pas non plus faire fi des exigences de leurs fonds d’investissement. 

Comment les incubateurs s’engagent-ils pour faire émerger des entreprises dont les équipes sont à l’image de la société ? 

Les incubateurs se spécialisent en fonction de plusieurs critères : le secteur d’activité, le caractère social et solidaire de l’activité de l’entreprise ou encore le genre de l’équipe fondatrice. Willa accompagne les entreprises innovantes de moins de trois ans qui comptent au moins une femme fondatrice (avec un vrai pouvoir de décision). Au quotidien, l’organisation travaille à inclure toutes les identités de genre dans sa communication. “On fait en sorte que les personnes qui nous contactent puissent se sentir incluses et avoir une réponse la moins genrée possible”, assure Flore Egnell, déléguée générale de Willa. 

Lors du processus de sélection, le jury est composé d’une diversité de profils pour éviter les biais inconscients, pour objectiver une candidature. “On évite aussi de poser des questions qui pourraient avantager les personnes qui possèdent les codes”, poursuit-elle. Et d’ajouter : “notre objectif n’est pas de créer un profil-type féminin”. Au contraire, Willa est à la recherche de personnes qui ne viendraient pas spontanément vers un incubateur, vers l’entrepreneuriat. 

L’incubateur travaille aussi à la sensibilisation de toutes les personnes intervenant auprès des start-up incubées, pour qu’elles aussi soient formées sur les questions de diversité et d’inclusion. 

“Les incubateurs arrivent tôt dans la construction d’une culture d’entreprise, ils sont donc capables d’intervenir, de sensibiliser, d’influencer les pratiques en termes de recrutement et de management”, estime Estelle Delahaye, project manager impact chez France Digitale. Et de nuancer : “en général, l’incubation intervient au début de la vie d’une entreprise, et, pendant cette période charnière, les entreprises priorisent plutôt leur marché, leur modèle économique. Les sujets de diversité et d’inclusion interviennent souvent plus tard lorsque l’entreprise est plus structurée”. 

Quels sont les critères des fonds pour accompagner des entreprises inclusives ? 

Dans un premier temps, rappelons que les fonds sont des entreprises comme les autres. Certains montrent l’exemple en prenant des actions : “on a formé l’ensemble de nos salarié·e·s aux biais discriminatoires lors du processus de recrutement”, rapporte Léa Zaslavsky, co-fondatrice du fonds MakeSense, “pour construire une société durable”. Depuis peu, les employé·e·s des entreprises du portefeuille suivent des formations sur le sujet. 

“Nous, ce qui nous intéresse c’est le produit ou le service développé par l’entreprise”, explique Léa Zaslavsky. Dès qu’elle doit prendre une décision d’investissement, elle se pose la question : est-ce que cette structure répond à une problématique sociale ou environnementale ? Si, c’est le cas, elle étudie avec beaucoup d’attention comment l’entreprise est capable de réaliser ce bien ou ce service. Elle s’intéresse notamment au partage du pouvoir au sein de l’organisation, la gouvernance est-elle partagée ? Est-elle paritaire ? 

Du côté de Elaia (un fonds d’investissement européen qui investit dans les start-up digitales et deep tech à fort potentiel), l’équipe est le premier critère d’investissement. “Chez Elaia, nous investissons dès les prémices du projet, donc, il faut que nous soyons convaincus par l’équipe”, résume Louisa Mesnard, chief marketing office d’Elaia. Et de préciser : “et ça fonctionne dans les deux sens : on recommande aussi aux start-up de contacter des entrepreneur·se·s de notre portefeuille pour avoir un retour d’expérience, pour qu’iels puissent prendre leur décision en ayant fait leur due diligence sur nous aussi !”. 

“De manière générale, le monde de l’investissement a tendance à investir dans des projets portés par des personnes qui lui ressemblent. C’est pourquoi notre équipe est composée d’une diversité d’âge, de genres, de parcours, etc.”, précise Louisa Mesnard. 

Elaia évalue la stratégie d’une entreprise selon de nombreux critères dont l’ESG (Environnement, Social et de Gouvernance). Pour ce faire, le fonds fait appel à un tiers parti qui évalue l’entreprise sur les critères ESG pré-investissement. 

Comment les fonds peuvent inciter les entreprises à faire mieux ? 

Dès que le fonds MakeSense investit dans une boîte, les deux parties signent un pacte comprenant notamment un plan d’actions pour que la start-up puisse créer plus de diversité dans sa gouvernance, pour redistribuer son chiffre d’affaires, pour ouvrir son recrutement.

“Il est de notre devoir et de notre rôle d’encourager nos entrepreneur·es en portefeuille à prendre en compte les critères ESG dès la création de l’entreprise”, informe Louisa Mesnard. Pour cette raison, le fonds a choisi de mettre en place une due diligence ESG (processus d’analyse et de vérification des engagements), des ateliers pour sensibiliser à ces questions et un reporting extra-financier. 

Selon Estelle Delahaye de France Digitale, les fonds d’investissement ont un rôle à jouer pour inciter les entreprises de leur portefeuille (selon leur maturité) à être plus responsables. Ils peuvent les encourager à prendre des actions très simples telles que signer une charte d’engagement, s’engager en faveur d’une association ou des actions plus engageantes comme changer son modèle de gouvernance, par exemple, en incluant des personnes issues de la diversité à son board.

Rappelons également que les fonds ont des comptes à rendre à leurs propres investisseurs. Dans cet écosystème, tout le monde attend des efforts des start-up  sans vraiment prendre en compte le fait qu’elles disposent de peu de moyens puisqu’elles démarrent. Comment faire en sorte que les personnes recrutées se sentent bien si on peine déjà à louer un bureau pour ses salarié·e·s ? “Ce sont des sujets particulièrement difficiles à traiter quand on n’est pas un géant américain de la Tech”, conclut Estelle Delahaye. 

Les générations Y et Z sont aujourd’hui très attentives aux sujets de diversité et d’inclusion en entreprise. Néanmoins, ces thématiques demeurent très récentes et peu adressées au sein de l’écosystème start-up qui, très souvent, le réduisent à la thématique de la parité femme/homme.

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