Au sein d’une industrie des champagnes et spiritueux, où « toutes les étoiles sont aujourd’hui désalignées », Guillaume Girard-Reydet, Président de Pernod Ricard France et Europe du Sud revient sur les engagements d’inclusion de son groupe en France et à l’international.
Par Chloé Consigny
« Les boîtes américaines font ce qu’elles veulent. Nous, on ne change pas. Lorsqu’il s’agit de valeurs, nous nous engageons sur le temps long. Il n’est pas envisageable, au nom d’un revirement politique, d’effacer toute une culture d’entreprise ». Pour ce marseillais d’adoption qui revendique son « bon sens paysan », l’engagement du groupe sur les sujets LGBT est difficile à dater. « Parce que dans ma tête, la prise de conscience n’existe pas. Je veux dire qu’il n’y a pas eu – à proprement parler – de « déclic », ou d’un avant et d’un après sur les sujets LGBT. Nous vivons dans le même monde que nos consommateurs, c’est-à-dire que nous évoluons au sein de la population générale. Et dans ce monde, il existe des diversités ».
Tony Gomez et Banana Café
Il se souvient néanmoins de sa toute première Marche. « C’était sur un char avec Tony Gomez et toute l’équipe du Banana Café ». Un moment de fête et de joie mémorable pour le dirigeant, qui remonte maintenant à plus de 30 ans. La signature de chartes, la naissance des ERG (Employee Ressource Group) ne sont que des aboutissements, des formalisations d’un état d’esprit qui existait déjà au sein du groupe. « Je pense que nous avons commencé à formaliser nos engagements il y a 10 ans. Cette structuration nous a permis de mettre des mots sur ce que nous faisions déjà ». Pas question pour autant de se faire « trop » vocal et notamment en cette période tourmentée. « Notre rôle n’est surtout pas de dire aux gens ce qu’ils doivent faire ou penser. Nous sommes là, en revanche, lorsque nous estimons que c’est notre place mais nous n’en faisons pas publicité. Lors du dernier festival de Cannes, par exemple, nous avons tout de suite répondu oui à la proposition de devenir partenaire d’un bar identifié comme safe place pour les personnes LGBT », explique-t-il.
Dans les années 1950, la devise de Paul Ricard était : « Fais toi un ami par jour ». Une façon de souligner la capacité des boissons à générer de l’amitié. Des moments de convivialité inclusifs, qui peuvent s’accompagner de débordements. Pour ne pas flatter les plus vils instincts, le groupe a choisi de réaliser une segmentation par moments de consommation, davantage que par typologie de clientèle. Lorsque Pernod Ricard s’empare d’une marque à la communication viriliste, le groupe n’hésite pas à ironiser les slogans. « Il faut voir le travail qui a été fait autour de la communication de la marque de whisky Imperial Blue, en Inde », s’amuse celui qui a passé 5 années à la tête de Pernod en Inde. « Le « men will be men » a été conservé, mais il a été détourné dans une campagne humoristique ».
Indicateur des moments de convivialité
Pour l’heure, plus encore que les assauts anti inclusion, ce sont les droits de douane qui font vaciller le géant français. « Pour les éviter, il faudrait produire localement. Mais, nous, notre histoire, c’est de respecter les marques ». C’est en Suède par exemple – dans un rayon d’environ 100 kilomètres autour d’Åhus – que sont distillées et embouteillées 100 % des bouteilles Absolut Vodka consommées dans le monde. À cela s’ajoute un repli des ventes qui touche l’ensemble de la filière. « Je pense que nous sommes en ligne avec l’humeur du monde. Les gens consomment moins parce qu’ils ont moins envie d’être ensemble », déplore-t-il. Il faut donc prendre son mal en patience, en attendant des jours meilleurs. « Avec Patrick puis Alexandre Ricard, on peut travailler sérieusement sans se prendre au sérieux et surtout, on peut se dire les choses difficiles. Pour que toutes les marques aillent bien, nous devons prendre des décisions difficiles. Nous devons le faire avec humanité et authenticité ».